C'était un peu comme un conte de noël,
beaucoup d'entre vous l'ont déjà lu, mais le voilà encore une fois pour inaugurer ce blog...
J'ai envie de vous raconter une histoire qui a accompagné mes journées et parfois mes nuits depuis un mois et 19 jours et qui va prendre fin demain.
Ce n'est pas un conte de noël, mais une aventure de deux américains au Mexique. Certains d'entre vous
connaissent déjà le début de ce périple...
Il était une fois Carl et Sherry, deux américains, qui habitaient une bourgade sûrement très charmante du nom d'Aberdeen dans l'état de Washington (près de Seattle).
Ils étaient assez pauvres, et nous savons tous que ne pas être riche aux etats-unis n'est pas forcément facile à vivre et peut être même d'une certaine violence.
Carl et Sherry ont une soixantaine d'années, et ne sont pas en très grande forme physique : c'est le moins qu'on puisse dire, Sherry est parkinsonienne et Carl souffre d'énormes problèmes reinaux
puisqu'il ne lui reste qu'un tiers de rein de chaque côté, il est donc sondé, ce qui demande un certain suivi médical.
Mais un jour, Carl et Sherry, appelés par je ne sais quelle force inexplicable et surnaturelle décident de tout "mandar al diablo" (ou "al carajo", ou " a la
chingada") ! En d'autres termes, de tout plaquer, pour finir leurs vieux jours au Nicaragua ou "peut-être en Argentine"... bah oui, Nicaragua / Argentine c'est la même
! Enfin, dans ces "pays espagnols" comme ils disent (bin voyons mouton, cochon, c'est tout de la volaille !... petit clin d'oeil à mon papou !).
So romantical !!
Alors C&S partent.
Ils partent sans rien dire à personne, absolument personne. Ils prennent leur voiture, une vieille ford de 1989, deux valises, deux manteaux, deux jeans, 6 t-shirts,
slips, pyjamas, brosse à dents, valise de médocs et c'est parti ! Sans oublier Fancy, leur caniche blanc qui doit avoir 624 ans en âge de
chien, mais qui est sûrement le plus en forme des trois.
C&S ont conduit de nombreux kilomètres (7000 en tout, selon mes estimations)..enfin, Carl a son permis de conduire périmé depuis trois
ans, c'est donc Sherry qui a pris d'une main relativement sûre le volant jusqu'à Mexico ! (n'oublions pas qu'elle est parkinsonienne ! No comment.) Ils ont dormi dans des églises, se sont faits
agressés et "tout" volé (c'ets à dire, quasiment rien) mais ouf!, fancy est resté près d'eux ! Ils sont tombés malades, se sont faits jetés de l'hôpital de Mexico parce qu'ils ne pouvaient rien payer et au bout du compte, arrivés à Tapachula, plus un kopek pour mettre de la gasolina dans le bolide,
impossible d'aller plus loin ! "Ay caray ! et pourtant si près de l'Argentine !..."
Et là, à Tapachula, à la croisée des chemins de la migration, je les recontre dans une auberge, et ils me racontent leur histoire. Parce que peut-être qu' avec l'OIM,
bah on est cap' de les renvoyer de là où ils viennent, et finalement ce serait pas si mal, voire super cool, après y avoir bien
réfléchi.
Ironie du sort, ils se retrouvent dans cette auberge, qui est l'auberge des accidentés du train. C'est-à-dire des migrants centre-américains qui ont perdu un ou plusieurs membres du corps en
voyageant sur les wagons du train de marchandise qui leur aurait permis de traverser une très grande partie de
la république mexicaine pour atteindre cette terre promise, fuie par nos deux gringos.
C&S rentrent donc dans le programme de retour volontaire de l'OIM, on peut leur trouver et acheter des billets plus rapidements que
look voyage, mais seul petit problème, et de taille, où va-t-on les envoyer ? La famille ? N'en ont pas, les conflits familiaux ont détruit les quelques liens
fraternels qu'ils avaient, leurs enfants sont quelque part entre Denver et la Californie mais où exactement ? Solo Dios sabe !, l'ultime géniteur en vie leur restant se meurt d'un cancer à plus
de 90 ans, donc nous essayons les amis.
Facile, ils en ont deux.
Madame n°1, ne veut pas les recevoir.
Madame n°2, a bien voulu ! Trop cool, on achète les billets et direction Denver, le Wisconsin ! Et finalement STOP ! OIM j'espère que vous avez pris une assurance annulation, Madame n°2 ne veut
plus. Trop de questions dans sa tête. C'est à ce moment là que je me rends compte du niveau d'enfermement dans lequel ces chers gringos se trouvent. Je comprends tout
à fait que recevoir deux personnes malades qui n'ont pas une thunasse en poche peut faire flipper (du style : "la vache, ils vont rester toute la vie chez moi et je fais quoi s'ils ne trouvent
pas de solution d'hébergement"), mais là les questions étaient toutes autres : "Marion, pouvez-vous me dire si C&S ont encore droit à la sécurité sociale ? (bin
oui, je suis spécialiste de la question) " "Marion, ont-ils toujours leur citoyenneté américaine ? parce qu'un ami avocat m'a dit que puisqu'ils viennent du Mexique
ils perdent tous leurs droits" (bah oui, tu perds ta citoyenneté en voyageant, c'est bien connu !) "Marion, j'ai peur, parce qu'ils viennent du Mexique..."
.... ... ...
Quoi j'lui dis à la dame ?!! Qu'il faut qu'elle réfléchisse un peu ?! Qu'ils sont rentrés comme touristes et que donc ils ne sont rien d'autres que des touristes
à la fois pour le Mexique et les Etats-Unis (il est où le drame ?). Que ce n'est pas parce que tu rentres au Mexique que tu deviens terroriste et que ce n'est pas parce que tu viens du Mexique
que tu deviens sans-papier aux Etats-Unis ! Non mais je rêve !
Donc on oublie la cop' elle gonfle un peu, et on essaye l'ambassade... Mais sachez chers amis qu'au Mexique les deux ambassades qui aident le moins leurs ressortissants sont celle de Cuba (mais pour des raisons politiques, nous nous en doutions) et l'ambassade gringa ! hé oui ! peut-être que Madame n°2 n'avait pas complètement tort ?! Tu vas au
Mexique, c'est à tes risques et périls ! Tu t'enterrorises, tu t'enmexicanises, bref tu te sans-papierises et à moi, en tant qu'ambassade gringa, "me vale madre" ta situation !
Donc, on oublie l'ambassade et j'essaye les services sociaux et auberges gringos !!... "Ay !! hijo de la patria !" trop facile ! Besoin d'un renseignement ? Je peux
vous dire comment fonctionnent les services sociaux de Seattle à Denver, en passant par Aberdeen, Olympia et je ne sais quel pueblo engringado ! L'état de Washington et le Wisconsin n'ont plus de secret pour moi !... Mais pas trouvé de place... En même temps, c'est l'hiver
là bas, et ça caille "a huevo" ! Et alors, tout ces endroits sont plein à craquer. Faut attendre, qu'ils nous disent ! Mais qu'ils se rassurent, ils ont toujours leur citoyenneté, pas besoin
de s'inscrire à la loterie de la green card, ce sera pour une prochaine fois (peut-être que s'ils étaient passés par la Colombie ?!...
).
Et pendant ce temps là, à l'auberge...
A Tapachula, il fait en saison fraiche (c'est à dire actuellement) 35 degres en journée avec 80% d'humidité, mes gringos ça les achève ! Et en fait, ce ne sont pas que les reins qui foirent chez
Carl, mais il est maniaco-dépressif et complètement drogué aux médicaments. Quand il est arrivé, il avait à prendre près de 90 gélules par jours et 70% étaient des
steroïdes, Sherry en avait 45. Le docteur de l'auberge a drastiquement ralenti le rythme, mais Carl est aussi un gros fumeur et en bon ricain addict au coca. Sauf que
là, pas un rond pour s'acheter des clopes, plus de médocs, interdiction de boire du soda à cause d'une super infection urinaire (cf reins
en vrac), une chaleur assomante. Imaginez le tableau nous avons un vieil américain qui a chaud maniaco dépressif drogué en situation de manque dans un endroit où y'a
que des manchots et des cul-de-jatte qui ne parlent pas sa langue ! Carl en plein pétage de plomb et presque nos nerfs avec... Il y a eu
les crises d'angoisse où il voyait des serpents sur le mur, les tombages du lit, les refus de parler pendant des journées entières, les crises d'épilepsie (ah oui !
parce qu'il est épileptique... je vous rappelle le voyage en voiture : elle parkinsonienne, lui épileptique ! NO COMMENT ! ), les crises de folie où les pensionnaires
de l'auberge m'appelaient à 5h du mat parce qu'il devenait fou et dangereux et qu'il se calmait que quand j'étais là (comme un enfant)... le docteur lui-même
m'appelait ! Mais diable, c'est toi le doc'! et puis les tentatives de suicide, il a pris tout les médicaments de sa femme, avalés d'un
coup hop !
Ca ne lui a même pas donné sommeil, vous l'vivez ça ?! Solide comme un roc le Carl !
Et puis il a eu sa période où il errait tout nu d'ans l'auberge avec sa sonde qui trainait derrière, qui s'est percée... on le suivait à la trace le yankee !
Et la marione au tel : "oui, le bureau des services sociaux à aberdeen, please. housing service, porfa !"
Et puis un jour, réapparait dans leur papier le numéro de téléphone d'un oncle. Il a 75 ans, pas très en forme, mais ça va quand même, la preuve il va pêcher et il
n'aime pas Carl. Mais on essaye quand même. Ô miracle de la vie, magie de noël, action du saint esprit ou simplement bonté humaine, mais le
tonton, bah il est d'ac' pour les recevoir le temps qu'il faut avant qu'ils trouvent un autre logement.
Uuuh ! on était à deux doigts de trouver ! Ou de craquer !
En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire on trouve deux billets very pas chers en plus pour Seattle et C&sS seront au chaud devant la cheminée pour manger la
dinde de Santa.
Je leur dit de commencer les valises, la voiture a été vendue entre temps, on décide de laisser fancy au docteur, une grosse larme mais en
même temps bien contents de rentrer, vraiment l'Argentine mexicaine c'était pas le Pérou !, et puis, Marion, on va te faire une ultime révelation, on ne l'a dit à
personne, mais il faut que tu saches que je suis spécial.
Oui Carl, oui j'en suis consciente.
Oui, parce que je suis un prophète.
Andale !
je vous embrasse et vous souhaite à tous mes sincères et meilleurs voeux pour cette nouvelle année !
Petite actualisation : apprenez chers amis, que j'ai régulièrement reçu des appels de Carl et Sherry depuis leur retour aux Etats-Unis :
- "Oui, oui bien sûr que je vois régulièrement Fancy ! Elle va très bien !"
- "Aah je suis contente que ça aille beaucoup mieux, Carl !"
- "Ah bon ? Carl, tu es en train de monter ta propre entreprise, bah c'est suuuper ça !"
- "Ah non, je ne suis toujours pas mariée. Oui, oui, oui, ne vous inquiétez pas, je vous préviendrai quand je me marierai... :-s"
- "Comment ça ?! Vous avez divorcé ???!!!"
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